André Bernier de Niort ( Deux Sèvres) de Charlesbourg 1663-1729

AndreBernier_smallEn 1980, Cyril Bernier a publié l’histoire d’André Bernier de Niort, après de nombreuses recherches dans les archives de Québec, de Charlesbourg, et même au Département des Deux- Sèvres en France. Une ré-édition fut faite en 1993. C’est un volume de 170 pages qui fait le bonheur des descendants de cet ancêtre.

Une entente a été conclue avec le regretté Père Gérard Lebel, Rédemptoriste, décédé le 19 mai 1996, afin qu’il rédige un résumé de l’histoire de cet ancêtre, pour qu’elle soit publiée dans sa série «Nos Ancêtres, Vol. 29». Il a eu la délicatesse, avant de mourir, de m’envoyer le manuscrit de son travail. C’est cet article fort bien articulé que je reproduis ici. Je rappelle que le Père Lebel était un historien et un généalogiste émérite qui laisse bien des regrets parmi ses amis, dont son collaborateur Jacques Saint-Onge. (L’Ancêtre, vol. 22, no. 10, page 368).

«Plusieurs Bernier sont venus en Nouvelle-France (sept, de 1650 à 1750) dont Jacques, surnommé Jean de Paris. Les lignes qui suivent sont réservées à André Bernier. Originaire de Niort, ville appelée ainsi depuis l’époque romaine à cause d’un nouveau gué, «novum ritum» sur la rivière Sèvres. Aujourd’hui, chef-lieu du département des Deux-Sèvres dans l’ancienne province du Poitou. Niort demeure un noeud de communication entre la mer et la terre et entre les différentes régions du pays.

Honorable homme Pierre Bernier, père d’André, a gagné sa vie comme marchand à Niort, plus spécialement dans la paroisse de Saint-André. L’église fut ruinée par les Huguenots et reconstruite par les Catholiques. Grâce aux recherches de Cyril Bernier, nous savons que Marguerite Baraton et Pierre Bernier mirent au monde onze enfants, tous baptisés à Saint-André entre le 12 décembre 1660 et le 17 juin 1678. Voici leurs prénoms: François, Pierre, André, François, Marguerite, Jeanne, Pierre, Marie-Anne, André, Jacques et Catherine-Madeleine, soit sept garçons et quatre filles. La mortalité infantile semble en avoir pris plusieurs dans ses serres.

Le mardi 24 juillet 1663, André est porté sur les fonts baptismaux de son église. Le fils était déjà au Canada lors du décès de son père, Pierre, survenu le 1er décembre 1693 à Niort. Il avait environ 60 ans d’âge. Quant à Marguerite Baraton, elle passe de vie à trépas le 14 mars 1706, à l’âge de 72 ans. Comme ses frères et soeurs survivants, André a fréquenté les écoles de sa ville puisqu’il sait signer avec élégance et assurance. Il rêve un jour de venir au Canada comme tant d’autres de sa ville: Pierre Brunet, Michet Cadet, Jean Daniau, Pierre Duranceau, Jean Gobeil, Jacques Gourdeau, Jean-Baptiste Labourlière, François Péloquin, Jacques et Mathurin Richard, Jean Veillet, etc.

Quel vent bienfaiteur amena sur nos bords, l’ancêtre Bernier? La nuit enveloppe la réponse. Le premier signalement d’André Bernier dans notre histoire se trouve à son contrat de mariage signé par-devant Genaple, le 10 août 1693. La bien-aimée de son coeur se nomme Jeanne Bourret, fille de Gilles et de Marie Bellehache. Maurice Déry et Jeanne Pasquier l’avaient tenue sur les fonts baptismaux de Québec, le 9 mars 1678. Jeanne, née au Bourg-Royal, avait grandi dans son patelin natal comme troisième enfant d’une famille qui en compte neuf.

Jeanne, 16 ans, en présence de son beau-frère Ignace Leroux et de son parrain Maurice Déry, s’engage donc à vivre en communauté de biens avec André Bernier, 30 ans. Celui-ci lui promet fidélité et lui offre 300 livres de douaire préfix. Gilles Bourret et Marie Bellehache promettent de donner à leur fille «en avancement d’hoirie incontinent après sesdites espousailles douze minots de blé, moitié méteil (seigle), moitié froment, une vache ou taure pleine de deux à trois ans, entre ici deux années». Le bon coeur des parents, plutôt pauvres, est ici manifeste. Les témoins de cet engagement civil sont Lucien Bouteville, marchand bourgeois de la ville de Québec et Jean Abraham, son commis.

Le jour suivant, mardi 11 août 1793, le curé de Charlesbourg a conjoint Jeanne et André en présence des parents Bourret, de Jean Paradis, Maurice Déry et Ignace Lemieux, tous habitants du Bourg-Royal de cette paroisse. Où le nouveau couple Bernier vécut-il après son mariage? Il y a là un petit mystère. En 1696, donc trois ans après leurs épousailles, André et Jeanne deviennent propriétaires d’une terre à Gros-Pin, paroisse de Charlesbourg.

Voici l’histoire de cette ferme. Un nommé Geoffroy Lochet, domestique et jardinier du Séminaire de Québec, avait obtenu de Marie Fleureau, femme du chirurgien Jean Delaunay, le 15 septembre 1674, une terre à Charlesbourg. Lochet fait don de cette ferme à la Fabrique de Charlesbourg, le 11 décembre 1687. Le curé Doucet accepte. Pierre Canard, le 18 novembre 1693 achète ce bien de trois arpents de front sur vingt de profondeur, situé entre Charles Lerouge et Joseph Boiteau et sur le devant le chemin qui va de Québec à Charlesbourg à main gauche. Pierre débourse 105 livres. Enfin, le 15 juillet 1696, André Bernier se porte acquéreur de cette terre pour le prix de 400 livres, dont 200 comptant au moyen de deux billets, l’un de Joseph-Noël Rancourt, daté du 14 mars 1694: 103 livres 10 sols; un second de 78 livres 10 sols venant de Marguerite Levasseur, femme de Pierre Duroy, marchand et boucher. André étale 8 livres 10 sols en monnaie de cartes pour compléter la somme. Les 200 livres restantes seront payées en six ans. En effet, le 18 mars 1703, la veuve Canard, Marie Pelletier, donne quittance finale aux Bernier.

Les billets de Rancourt et de Marguerite Levasseur laissent sous-entendre qu’André a peut-être déjà gagné sa vie au service des deux personnages. Cette terre était grevée d’une rente de 10 livres en faveur de la Fabrique de Charlesbourg. André ignorait, semble-t-il, cette servitude. C’est pourquoi il déploya beaucoup d’énergie pour contrer cette obligation. Le lundi, 1er août, André Bernier est au Conseil Souverain pour essayer de gagner sa cause. Le mardi 16 août de la même année, marguilliers et notaire, après avoir passé par la Prévoté de Québec, essaient de justifier leur demande auprès des héritiers de Pierre Canard. La chose devient tellement compliquée que même la validité de l’achat de la terre par André est mise en question.

Au bailliage: On appelle bailliage un tribunal qui rend la justice au nom ou sous la présidence d’un juge ou bailli auquel sont adjoints un procureur fiscal, un greffier et un huissier appelé aussi sergent. Le bailliage de la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges nous a laissé une foule d’écrits. M. André Lafontaine a publié la transcription intégrale de ces papiers oubliés, oeuvre très utile pour les chercheurs.

Comme le siège de ce tribunal se trouve à Charlesbourg, l’on comprend que les habitants du lieu aient eu souvent recours à cette cour pour régler leurs nombreux différends. En deuxième instance, il était possible de s’adresser à la Prévoté de Québec, enfin au Conseil Souverain. André Bernier ne fait pas exception. Son nom apparaît au bailliage près d’une vingtaine de fois, entre le 7 février 1697 et le 13 mai 1723.

André fut accusé de n’avoir pas porté moudre son grain à Jean Joubert, meunier de Charlesbourg. Le 12 avril 1697, Pierre Canard se plaint comme tuteur des mineurs de Piette Hotte et de Marie Girard, parce que André Bernier, qui avait promis de cultiver leur terre pendant cinq ans, s’est désengagé de cette obligation parce qu’il n’a pas de blé pour semer «ni pour manger».

Jeanne Bourret, le 17 avril 1698, se présente elle-même au bailliage. Elle avoue devoir 50 sols à François Dubois, mais elle s’objecte à deux sols de surplus. André accuse Augustin Alonze, domestique de Pierre DuRoy, le 17 novembre 1699, de lui avoir donné des coups de «baston» et de pied. Il y eut procès avec témoins le 14 novembre précédent. Onze jours plus tard, le tribunal condamne Alonze à «quarante livres dinterest civil» dont trois livres cinq sols à donner à Bernier . L’année suivante, François Dubois requiert l’aide d’André pour témoigner en sa faveur contre Mathurin Palin, dit Dabonville, qui avait en jurant menacé Dubois de coups de bâton. Ceci se passait au début du siècle nouveau. Aux gens de coeur, souvent nombreuses chicanes!

Puis, vint la grande épreuve. Le 14 avril 1707, les marguilliers de Charlesbourg Louis Renaud, Barthélémi Coton, dit LaRoche, et Thomas Blondeau attaquent de front le pauvre Bernier voulant qu’il soit «condamné de deguerpir en possession et jouissance d’une terre et habitation sur laquelle il faict sa demeure et residence appartenant à ladite Fabrique». C’était pour les Bernier recevoir un bouquet de bardane au milieu de leur table. L’été suivant, le Conseil Souverain débouta les requérants.

Le marchand François Hazeur réclame des Bernier, le 29 janvier 1711, 40 livres pour prêt à Jeanne Bourret. Le 2 décembre suivant, André est nommé subrogé tuteur des héritiers de feu Jean Laurent, dit Lortie. Thomas Blondeau réapparaît dans le paysage. André Bernier et son fils ont loué ses boeufs à la condition de lui rendre cinq journées de labour. Or, André n’en a donné que trois parce que Blondeau lui a retiré ses dits boeufs… Le bailliage condamne les Bernier à faire 12 jours de labour le printemps suivant sur la terre de l’offensé. Il y eut aussi des problèmes de clôtures, de fossés le long du grand chemin, etc. La vie quotidienne des Bernier ne manque pas de piquant. Elle ressemble à l’ensemble des gens de l’époque. La différence, c’est cette fois que les informations nous sont fournies avec abondance par le bailliage.

La bernière: André, Marie-Anne, Charlotte, Marie-Charlotte, Joseph, Barthélémi, Pierre, Marie-Marguerite, Jean-François, Thomas et Marie-Jeanne composent les onze membres de la bernière, soit six garçons et cinq filles, tous nés à Gros-Pin et baptisés à l’église de Charlesbourg entre le 4 avril 1695 et le 30 mai 1722. Marie-Charlotte est décédée à l’âge de cinq ans. Sépulture le 2 janvier 1709, à Charlesbourg. Quant à Joseph, il a survécu presque 12 mois. Pierre, filleul de Pierre Bastien le 18 juillet 1712, est mort à l’âge de deux ans. Le cas de Marie-Marguerite, baptisée le 7 novembre 1714 est encore plus triste. A 13 ans, elle fut obligée de quitter la vie. Thomas et la cadette Marie-Jeanne disparaissent respectivement après sept et neuf ans de soleil canadien. A notre époque, tous ces jeunes auraient probablement franchi sans problème l’âge adulte. L’aîné André, filleul de Jean Paradis, qui épouse Marie-Françoise Bernard le 28 novembre 1724, est père d’une douzaine d’enfants. Il est inhumé à Charlesbourg le 20 février 1757. André, le 17 janvier 1733 est dit habitant de Gros-Pin vivant entre Jacques Villeneuve et les héritiers de Hilaire Bernard de la Rivière. Il possède trois arpents de terre de front avec maison, grange, étable et six arpents de terre labourable et cinq de prairie.

La filleule de Marie-Anne Jousselot eut comme époux le cordonnier Hilaire Martin. Décès de Marie-Anne Bernier le 21 novembre 1723, à Charlesbourg. Jean-Baptiste Boutin, dit Dubord, conquiert le coeur de Charlotte Bernier, le 19 janvier 1722. Elle est décédée après la naissance de son fils unique, le 24 septembre 1723 à l’âge de 21 ans. Barthélemi Bernier, parrainé par Barthélemi Coton le 6 décembre 1710, s’allia à la famille Chorest en épousant Marie-Jeanne, le 23 août 1734. Leur héritage: sept filles. Barthélemi est mort après le 21 janvier 1761. Jean-François Bernier filleul de Jean-François Coton le 17 février 1717, conjoint de Marie-Jeanne Chrétien le 3 février 1739, père de six enfants dont trois décédés au berceau, est mort avant le 1er mai 1752, jour où sa veuve se moyenne de vie d’environ 21 ans. Mourir, c’est effacer son nom de la liste du temps; c’est s’inscrire comme habitant de l’éternité. Cet acte important de la vie humaine prend différentes formes: tragédie, accident, maladie, arrêt subit des fonctions vitales, etc. André Bernier est mort subitement le 28 septembre 1729. Inhumation le lendemain, jour de la fête de l’archange saint Michel. Le curé Le Boullanger écrit dans le registre: «André Bernier, âgé de 69 ans, mort du jour d’hier de mort subite». André Bernier, ayant sa lampe allumée, en tenue de service, avait reçu son Maître.

Le 6 juillet 1730, Jeanne Bourret est élue tutrice de ses enfants mineurs au bailliage de Notre-Dame-des-Anges. Inventaire des biens laissés par le défunt le 19 juillet suivant. Sur la terre de 24 arpents en labour et en prairie, il y a une vieille maison de pièces sur pièces de 25 sur 19 pieds, couverte moitié planche, moitié paille, une grange de 35 pieds en longueur sur 25 en largeur couverte également de paille. Les biens placés dans la maison sont estimés à 91 livres. A ceux-là il faut ajouter la charrue, le cheval de 16 ans et son harnais, deux boeufs, une vache, des bêtes à cornes, des cochons, des poules et des dindes. Après cinq ans de veuvage, Jeanne Bourret rencontre sur sa route un marseillais Simon Large, dit Rossignol. Bénédiction nuptiale à Charlesbourg, le 5 septembre 1735. Jeanne et Simon, le 19 novembre 1739, demandent à Jean-François Bernier de leur rendre les 23 livres prêtées en argent et de leur payer le prix de vingt trois minots de «blé»

Jeanne a été inhumée à Charlesbourg le lundi 11 septembre 1747, et son second mari, le 12 mai 1751. L’oubli efface l’histoire; le souvenir lui garde son âme».